Education : Des territoires au service de l'égalité
DÉLÉGUÉ GÉNÉRAL DE LA FÉDÉRATION FRANÇAISE DES MAISONS DES JEUNES ET DE LA CULTURE,
GILLES LE BAIL INSISTE SUR L’APPORT DES MOUVEMENTS ASSOCIATIFS POUR L’ÉDUCATION DE LA JEUNESSE. PARCE QUE L’ENFANT SE CONSTRUIT À PARTIR DE PLUSIEURS PERSPECTIVES, SON DÉVELOPPEMENT DOIT S’APPUYER SUR LA DIVERSITÉ DES LIEUX D’ÉDUCATION.
Pourquoi aurait-on besoin de l’action des associatifs pour accompagner les enfants alors que l’éducation nationale, pour l’essentiel, assure déjà la fonction
D’éducation ?
GILLES LE BAIL : Il existe plusieurs lieux éducatifs et une multitude d’acteurs éducatifs. Les champs sont nombreux, il y a au moins ceux de l’éducation a l’école, ceux de l’éducation populaire et ceux de l’éducation spécialisée. Depuis la seconde guerre mondiale il existait en France un consensus sur la priorité que représentait la question éducative dans notre pays. Historiquement, l’école républicaine joue un rôle majeur, car elle a aide à la construction de notre nation portant un idéal de valeurs. Ce rôle majeur a éclipse l’action des autres acteurs éducatifs, que peuvent être les associations d’éducation populaire dont les MJC. Ainsi l’une des nécessites est de mieux reconnaitre la diversité des acteurs éducatifs. Les associations d’éducation populaire proposent le plus généralement des situations d’apprentissage de compétences reposant non sur un enseignement mais sur la pratique et l’expérience. Dans ces situations le jeune est acteur, et construit son engagement, sa citoyenneté. Etre acteur, participer, prendre des responsabilités confortent le jeune dans son insertion sociale et professionnelle et l’accompagne dans son émancipation. C’est aussi pour cela que les MJC se sont engagées dans l’accueil des jeunes au travers du service civique.
Faut-il considérer l’action de l’école républicaine comme insuffisante ?
Une personne se construit, a la fois tout au long de sa vie, et a partir de situations et d’acteurs divers. Pour les jeunes, mais aussi pour les adultes, c’est cette diversité des possibilités éducatives qu’il faut valoriser. Cette diversité nécessite construction de soi, a son équilibre et a son ouverture vers les autres et la société. Il faudra dans l’avenir repenser les temps de vie et notamment mieux articuler le temps libre avec le temps scolaire d’apprentissage et le temps professionnel.
Quel regard portez-vous sur le système éducatif ? Répond t-il aux attentes sociales ?
Insistons sur le fait que la personne, jeune ou adulte, porte en elle des espérances de progrès et de bien êre pour son futur. Les jeunes particulièrement ont une énergie et une volonté pour s’engager, pour créer des richesses et pour développer des solidarités. Pour être acteur de notre société, il faut acquérir des compétences, des savoirs, des savoir-faire et des savoir-être. Même si mettre en évidence le plaisir d’apprendre est essentiel, l’enseignement est aussi une contrainte. Cette contrainte est renforcée par le système de notation qui est ≪ violent ≫ pour certains jeunes et plus encore pour ceux qui sont en difficulté. Les jeunes acceptaient l’enseignement, tant qu’il y avait pour eux une garantie d’insertion sociale et professionnelle dans la société. Le parcours a l’école était une condition pour avoir un emploi, fonder une famille, devenir propriétaire de son logement. Nous ne sommes plus dans une société du progrès social pour le plus grand nombre. Les jeunes ont de plus en plus de difficulté a trouvé un emploi. Ils subissent des discriminations a l’embauche, liées a l’origine de leurs parents ou grands parents, a leur sexe ou a leur lieu d’habitation. Il nous faut répondre aux jeunes : A quoi sert-il de se battre, d’étudier pour obtenir un diplôme si celui-ci ne permet pas de devenir un citoyen autonome ? Eduquer, c’est aussi donner une perspective. C’est la perspective qui d’être abordée sous l’angle de la complémentarité et non de la concurrence. C’est vrai qu’il peut y avoir des tensions de légitimité entre les acteurs. Mais les partenariats doivent être renforces, il faut également que se généralise les lieux ou tous les acteurs éducatifs se rencontrent. L’échelon communal et/ou intercommunal peut être un bon niveau de territoire pour cela. Comprenons bien qu’il y a le temps scolaire et le temps hors scolaire. Les associations d’éducation populaire, comme les MJC, interviennent principalement au cours du temps hors scolaire. Qu’est-ce qui constitue la journée d’un enfant ou d’un adolescent ? C’est a partir de la mise a plat de l’organisation de ces temps que l’on pourra mieux comprendre la complémentarité de l’action des acteurs éducatifs. Au-delà des temps d’enseignement scolaire, le jeune par son engagement au travers d’une association de jeunesse et d’éducation populaire est confronte a des situations d’action collective. La pratique d’un loisir, sportif, culturel ou une pratique artistique est un espace éducatif nécessaire a la donne du sens a l’éducation. Quelles perspectives proposons-nous ? Ce manque met en difficulté l’école républicaine, mais aussi tous les acteurs de l’éducation populaire.
Le rôle des associations est-il reconnu par l’école ?
L’éducation nationale reconnait, nationalement, certains acteurs associatifs, par exemple les associations complémentaires de l’école. Cependant localement, avec les écoles et au travers des projets d’établissements, se sont développes des partenariats avec d’autres acteurs associations, dont les MJC On le voit, par exemple, sur des partenariats pour accueillir des enfants, ou par la mise a disposition D’animateurs pour intervenir dans le champ de l’éducation culturelle et artistique. Ces expériences existent mais elles sont encore très insuffisantes notamment dans les zones rurales ou dans les quartiers dits ≪ sensibles ≫. On comprend bien que l’action éducative des associations est encore trop souvent minorée. Que se passe t-il pour le jeune âpres 16h30 s’il n’y a pas d’associations qui organisent, le plus souvent avec le soutien de la collectivité, des accueils, des loisirs ou des aides au devoir ? Un autre phénomène est l’arrivée d’operateurs lucratifs qui font de l’éducation une activité marchande. Pour les aides aux devoirs, l’association garantit la mixité des personnes accueillies alors qu’un operateur lucratif provoque une sélection entre ceux qui peuvent rémunérer cette prestation et ceux qui ne le peuvent pas. C’est un facteur d’inégalité. Au-delà de ces exemples, la pratique culturelle et artistique a un forte Dimension éducative. Très nombreux sont les enfants ou les adolescents qui trouvent dans la Pratique du théâtre, d’un instrument de musique, ou de la peinture un moyen d’expression qu’ils n’ont pu Développer a l’intérieur de l’école. Ceux-ci peuvent avoir un fort impact sur l’estime de soi et la confiance qui seront nécessaires aux jeunes pour s’insérer et s’émanciper. Un jeune qui s’engage dans une Association va acquérir des compétences qui lui seront nécessaires dans sa vie professionnelle ou dans sa vie d’adulte. S’il est trésorier, il devra établir un budget et une comptabilité, s’il est administrateur Il devra prendre la parole en public, apprendre à argumenter, mais aussi a mieux comprendre son Environnement, les acteurs qui y agissent et plus généralement le fonctionnement démocratique de notre société. Le cadre scolaire est très norme, par son enseignement, sa structuration, son système de notation. Ce qui ne permet pas de développer ce type d’expérience avec les jeunes.
Vous dites la pratique insuffisante. Quels sont les freins à son développement ?
Il faut, entre l’école et les associations, préciser les conditions pour travailler ensemble. Les responsabilités sont multiples, parfois plus celles des acteurs que des institutions, parce que cela peut mettre en jeu des habitudes de fonctionnement ou simplement la sensation de remise en cause, voire de légitimité de celui qui incarne l’autorité éducative. On ne peut décréter le travail ensemble, il faut en créer les conditions. Cela demande du temps pour que les cours l’après-midi, puis pratiquera en fin de journée une activité Artistique ou sportive. Les acteurs sont multiples au fur et à mesure du parcours du jeune et ils travaillent rarement ensemble. Y a-t-il une cohérence éducative ? Si le jeune est en difficulté comment construire un accompagnement adapte ?
Y a-t-il aussi un manque de moyens ?
Bien sur que nous avons besoin en France de moyens pour accompagner les jeunes dans leur émancipation. C’est une priorité, c’est un engagement pour l’avenir de notre société. Cependant, ce n’est pas toujours une question de moyens. Dans les exemples cites plus haut, on voit que l’on peut faire Évoluer les pratiques éducatives par des rencontres entre les acteurs, un cadre institutionnel de Fonctionnement prenant mieux en compte les partenariats éducatifs ou en redéfinissant des priorités. Le Maire peut aussi proposer à tous les acteurs éducatifs de se mettre autour de la même table. Les associations ont besoin de moyens pour jouer leur rôle éducatif luttant contre l’inégalité. La reforme Des collectivités, liée a la reforme de la taxe professionnelle, va mettre a mal l’autonomie fiscale des associations d’éducation populaire. Acteurs se connaissent, de l’énergie Et de la volonte. Sur certaines communes, les acteurs éducatifs ne se connaissent pas ou ne se croisent jamais alors qu’ils suivent et accompagnent les mêmes jeunes. Examinons la journée d’un enfant de primaire : Il commence le matin par rencontrer un animateur dans le cadre d’un accueil périscolaire, puis va suivre son enseignant toute la matinée, le midi il sera pris en charge par un personnel de cantine, il retourne en Les MJC sont très inquiètes des effets de ces reformes, notamment par la suppression de la clause de compétence générale, par la fin des financements croises prévue pour 2014 et par le gel des dotations de l’Etat aux collectivités. Les inégalités pourraient se creuser, inégalités entre les territoires, entre les générations, entre les jeunes d’une même génération au sein même du champ éducatif alors qu’il représente une garantir de cohésion sociale et de progrès social.
Interview accordée dans le cadre du Laboratoire des idées